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10 THÈMES
10. Magritte et le communisme : "Changer la vie"

René Magritte La Lecture défendue, 1936



René Magritte Projet d'affiche pour La centrale des ouvriers textiles de Belgique, 1938


René Magritte, Le vrai Visage de Rex, 1939
Changer la vie ! Les surréalistes reprennent à leur compte le credo de Rimbaud comme un slogan qui claque dans un ciel noirci par la guerre et rougi par la Révolution d'Octobre. Mais à l'inverse de Rimbaud qui dans son désir de changer la vie par la poésie arrive à une impasse, les surréalistes y croient et s'engagent : tracts, slogans chocs, adhésions massives au parti communiste. Ils dressent en icônes les censurés¹, les parricides², tous ceux qui sont accusés par la société bourgeoise des pires crimes.
Magritte lui aussi s'engage dans cette voie révolutionnaire. De quelle façon ? À quel point ? Simple suiveur de son comparse Paul Nougé, lui-même fondateur du parti communiste belge en 1921 ou communiste convaincu en habit bourgeois ? La réponse reste encore aujourd'hui nébuleuse.
Magritte, incontestablement, est attiré par la démarche révolutionnaire, l'aspect anti-bourgeois du communisme. Seulement, la vraie question sera pour lui "comment agir ?". Il le fera pourtant en co-signant des tracts parmi les plus engagés du surréalisme; en dessinant des projets d'affiches pour La centrale des ouvriers textiles de Belgique dans un style que l'on qualifiera de "sur-réaliste socialiste"; en s'opposant à la montée du fascisme par la création de sa fameuse affiche révélant sous le visage de Degrelle, celui d'Hitler; ... en créant en pleine guerre le surréalisme en "Plein Soleil" comme une résistance à la noirceur du monde...
On le voit, Magritte s'engage et en 1945, adhère au mouvement officiellement en obtenant sa carte de parti. C'est pourtant à ce moment précis, lorsqu'il sort de la sphère artistique pour côtoyer le militantisme que Magritte prendra ses distances. Il s'en expliquera à la fin de sa vie :
"Je dus très vite déchanter. Dès la première rencontre, un délégué du Comité central vint nous admonester, s'appuyant sur quelques notions "matérialistes" de cours du soir [...] Les séances suivantes ne furent guère plus encourageantes. Nous avions affaire à des sourds. Deux ou trois projets d'affiches me furent demandés. Tous furent rejetés. Le conformisme était aussi patent dans ce milieu que dans les sphères les plus bornées de la bourgeoisie. Au bout de quelques mois, j'interrompis mes visites et je n'eus plus, dès lors, aucun rapport avec le parti. Il n'y eut ni exclusion ni rupture, mais, de ma part, désaffection totale, éloignement définitif."
G.B.
¹ Dans son tableau La Lecture défendue, Magritte ferait référence à un texte d'Aragon mis à l'index (au sens littéral chez Magritte) intitulé Le con d'Irène.
² En 1933, les surréalistes français publient un ouvrage collectif auquel participera Magritte intitulé Violette Nozières. Cette jeune femme condamnée sans aucune circonstance atténuante par la société bourgeoise avait tué son père qu'elle accusait de viol.