EXTRA-EDU
10 THÈMES
8. Titre

René Magritte, Shéhérazade, 1948
Dans l'ouvrage consacré à la série télévisée de la BBC "La puissance de l'Art", Simon Schama écrit : "La puissance de l'art réside dans sa capacité à nous étonner et nous perturber. Même si l'art paraît imiter la réalité, l'aspect familier du monde n'est pas simplement copié, mais remplacé par une réalité toute particulière". Schama ne commente aucune œuvre de René Magritte. Pourtant, ces paroles semblent avoir été écrites pour les tableaux du peintre.
Lorsque nous regardons un tableau de Magritte, nous essayons avec nos mots d'exprimer ce que nous voyons : De grandes tentures sont suspendues au milieu d'un paysage. Entre elles, flottent des nuages. Devant l'une de ces tentures, se présente un personnage composé de perles, dont la tête est aussi importante que le corps. Dans certaines parties, la peau et le tissu semblent se confondre, dans d'autres pas. L'étonnement grandit. Nous espérons alors trouver une explication dans le titre, parole écrite du peintre. Shéhérazade ! Ce titre ne confirme aucunement ce que nous voyons. Il n'explique pas l'image. Bien au contraire, le titre augmente la surprise, attire le regard et stimule la réflexion.
Tel était le but de Magritte : "Les titres des tableaux ne sont pas des explications et les tableaux ne sont pas des illustrations des titres. La relation entre le titre et le tableau est poétique, c'est-à-dire que cette relation ne retient des objets que certaines de leurs caractéristiques habituellement ignorées par la conscience, mais parfois pressenties à l'occasion d'événements extraordinaires que la raison n'est point encore parvenue à élucider".
Pour comprendre les titres des œuvres de Magritte, les contextualiser et créer des associations avec l'image, le spectateur-lecteur a besoin d'un bagage culturel. Il découvre alors que Shéhérazade est la narratrice des Contes des mille et une nuits.
Magritte attachait une grande importance aux titres. Ils étaient censés protéger l'œuvre des interprétations les plus farfelues. Pour trouver le "bon" titre, Magritte puise son inspiration dans le registre littéraire ou philosophique. Ses amis lui venaient également en aide. L'artiste leur écrivait des lettres accompagnées d'esquisses d'œuvres en préparation. Dans leurs réponses, ceux-ci proposaient des titres. Magritte organisait également des soirées autour d'une œuvre finie qu'il considérait comme l'invitée principale. Les autres invités faisaient des propositions de titre et argumentaient entre eux. Magritte prenait note des possibilités et finissait par choisir le titre le moins explicite et le plus intrigant pour le spectateur. Louis Scutenaire a inventé des titres tels que Les Compagnons de la peur et L'île au trésor. La voleuse et Personnage méditant sur la folie sont de Paul Nougé. Le titre était inscrit sur l'arrière du tableau, mais ne devenait pas définitif pour autant. A l'arrière de Découverte, titre proposé par E.L.T. Mesens, se trouve une inscription barrée "L'expérience du miracle", titre qui n'a pas résisté à l'usure du temps.
M.P.